Nadal toujours plus proche de Federer
«Au filet, je lui ai dit qu'il méritait la victoire autant que moi.» Et ce n'est pas un simple compliment. Juste une réalité. Roger Federer a souffert. Il n'a jamais autant souffert (7-6 [7], 4-6, 7-6 [3], 2-6, 6-2) lors d'une finale à Wimbledon. Le poids de l'histoire avec les cinq couronnes consécutives à Wimbledon et les onze titres du Grand Chelem pour rejoindre Björn Borg dans la légende et le jeu de son adversaire, Rafael Nadal, pèsent dans la balance émotive du Suisse. Le numéro 1 mondial court après l'histoire, la grande. Et sous le regard du Suédois, spectateur dans la loge royale, il voit l'effet du lift lui sauter au visage. L'héritier de Björn Borg s'appelle Rafael Nadal ! Le meilleur pourcentage de réussite au filet, c'est lui avec 69% (59% pour Roger Federer) ! Le plus de points gagnants, c'est lui avec 49 coups gagnants (41 pour son adversaire) ! Le moins de fautes directes, c'est encore lui avec 24 erreurs contre 34. Et même le service le plus rapide de la rencontre, c'est encore lui avec 131 miles ! «Il joue un tennis phénoménal, il a encore progressé, il se montre plus agressif. Il connaît mieux le jeu sur gazon qu'avant, constate le Suisse. L'année dernière, il tapait fort sans toujours savoir pourquoi ce qui n'est plus le cas. C'est un grand joueur sur toutes les surfaces. Je crois qu'il mérite le titre ici. J'ai le plus grand respect pour lui.» Mais une statistique reste la propriété suisse : le service. Avec ses 24 aces et ses innombrables services gagnants, Roger Federer tient une partie de son succès. Et ce n'est pas anodin. Le service demeure le seul domaine qui ne dépend pas de son adversaire. «Mon service m'a maintenu dans le match», avoue le quintuple lauréat de l'épreuve.
Et sa rivalité avec l'Espagnol tourne au complexe. Tendu et avec un schéma de jeu bien flou, le numéro 1 mondial subit, recule et multiplie les approximations. Et pourtant, le Suisse prend le meilleur départ en breakant d'entrée pour mener (3-0). De quoi se décontracter ? Trois passings et un retour gagnant remettent le doute dans l'esprit de Roger Federer, qui perd sa mise en jeu. Les revers boisés se succèdent, le Suisse souffre en retours et se retrouve au tie-break avec trois balles de set successives. Rafael Nadal sauve la première d'un coup droit croisé (6-4). A sa deuxième occasion, le numéro 1 mondial voit son retour de revers échouer (6-5) dans le filet sur une deuxième balle de service... Sa troisième tentative connaît un retard à l'allumage avec un challenge contrariant, qui lui impose de rejouer le point et son coup droit atterrit dans le filet (6-6). La balle de set n°4 est un modèle de la stratégie nadalienne, avec un pilonnage du revers du Suisse qui finit par craquer (7-7). Sur le service de l'Espagnol, un bon retour de revers de Roger Federer surprend le Majorquin. Pour la conclusion, il fait bien les choses avec une attaque de coup droit suivie d'une belle volée de revers. Et le gain du premier set ne libère pas le Suisse.
Federer, l'égal de Borg et Laver
Les trois aces à 15-40 sur son service à 2 jeux à 3 lui permettent de sauver les apparences. Juste provisoirement. Rafael Nadal prend le contrôle du match et un énième passing de revers décroisé lui offre le break et le deuxième set (4-6). Le doute n'est plus permis, le maître a un disciple largement à la hauteur. Et finalement, le tie-break s'annonce plutôt comme une opportunité pour le Suisse, qui se montre offensif et opportuniste pour conclure (7-3) et mener deux sets à un. De quoi se décontracter ? Trois minutes tout au plus lors du changement de côté... Un quart d'heure après avoir remporté la troisième manche, le numéro un mondial est mené (0-4) avec un double break à digérer. Et sous les yeux du flegmatique Björn Borg, Roger Federer s'énerve. Rien ne va plus, tous les recours à la vidéo de Rafael Nadal se traduisent par des points à mettre au crédit du Majorquin pour un millimètre. Et le maître s'agace contre la machine ! Un comble. Le pragmatique oublie la futilité de sa discussion avec l'arbitre. Et oui, même Roger Federer ne peut rien contre une machine. Avant d'égaliser à deux manches partout, Rafael Nadal se fait strapper le genou droit et repart au combat.
Et deux nouvelles balles de break arrivent rapidement (1-1) pour le numéro 2 mondial. Quelques bons services et des petites fautes offrent un répit au Suisse. Juste le temps de revivre la même situation cauchemardesque à 2-2 (15-40). «J'ai pensé que c'était en train de me filer entre les doigts. J'étais nerveux. J'ai bien servi, joué intelligemment et j'ai pris les bonnes décisions», se réjouit la tête de série n°1. Sur une bonne deuxième balle, le retour de revers de l'Espagnol atterrit dans le filet puis un service gagnant vient clore les débats. Rafael Nadal vient de laisser passer sa chance. «Cela s'est joué sur quelques points. J'ai eu de grosses chances au cinquième. Je me suis retrouvé deux fois à 15-40, déplore le triple vainqueur de Roland-Garros. Je n'ai pas eu l'impression de moins bien jouer que lui du fond du court. La différence s'est faite sur le service. Il sert mieux que moi. C'est important sur toutes les surfaces. Mais surtout sur celle-là. Là je suis déçu, mais demain je serai content de mon tournoi et de mon match. Je savais que si je faisais le break dans le cinquième, j'avais de grosses chances d'être titré car il ne s'était pas procuré beaucoup de balles de break jusqu'alors.» Trois minutes plus tard, un revers slicé croisé et un coup droit croisé qui blanchit la ligne ouvrent la brèche. Roger Federer peut enfin exulter, il breake, mène 4-2 et se relâche. Enfin ! Après 3h30 de combat, trois aces descendent les espoirs du Majorquin et le numéro 1 mondial, déjà au bord des larmes, met la pression sur le service adverse à 5-2 pour décocher son premier retour gagnant de la rencontre en décalage de coup droit ! Et sur sa deuxième balle de match, il se montre agressif dès le retour et conclut sur un smash avant de s'écrouler sur le gazon londonien. En pleurs, il craque sur sa chaise et ses longs sanglots démontrent la tension accumulée et le poids de l'histoire. Il remet sa veste et son pantalon pour la cérémonie de remise du trophée. Une tenue digne de Rod Laver, une de ses idoles qu'il rejoint avec onze titres du Grand Chelem.